Maison F.X. Zotique Germain 1902
594-604 & 608-612 Desjardins
Lots 14-35,36 & 37
La Chaîne des titres :
03 décembre 1895
Notaire : Louis Dumouchel
Vendeur : Hon. Alphonse Desjardins, avocat
Acquéreur : Gédéon Vigneault, navigateur, de Maisonneuve
Achat de deux lots de terre Lot 14-36,37
14 décembre 1899
Notaire : Raoul Dumouchel
Vendeur : Hubert Desjardins, manufacturier (Montreal Terra Cotta Compagny)
Acquéreur : Gédéon Vigneault, navigateur, résidant au 30 rue Desjardins
Achat d’un lot de terre Lot 14-35
27 juin 1902
Permis est accordé à Gédéon Vigneault de bâtir
27 octobre 1902
Notaire : François Georges Crépeau
Vendeur : Gédéon Vigneault, navigateur et marchand de bois, résidant au 42 rue
Desjardins
Acquéreur : François Xavier Zotique Germain, marchand de meubles, résidant au # 160 rue de la Visitation Montréal
Achat de trois maisons
Prix de la vente : 6 200,00$
Au tout début du XXe siècle, la rue Desjardins était peu fréquentée par la population car peu de maisons et commerces la bordaient de part et d’autre. La raison principale étant que les rues Letourneux et de LaSalle étaient, elles, desservies par le tramway.
En marchant sur la rue Desjardins, à partir de la rue Notre-Dame, nous retrouvions, à l’époque, aux deux angles nord, deux imposantes maisons de style Victorien avec tour d’angle et commerces au rez-de-chaussée. Un peu plus au nord, du côté est, se trouvait la fabrique de portes & fenêtres Corbeil et de l’autre côté de la rue, le clos à bois de charpente de Gédéon Vigneault. Suivaient quelques maisons de deux étages ici et là. C’est donc dire que les terrains disponibles n’étaient pas rares et que c’était le bon temps de bâtir surtout que la rue Ste Catherine, ouverte depuis 1898, commençait à fourmiller d’activités.
Il n’est pas sûr que ce soit Gédéon Vigneault lui-même qui construisit ces maisons puisqu’il n’était ni charpentier ni menuisier mais sans aucun doute tous les matériaux de construction provenaient de son commerce établi à un jet de pierre du chantier. Il ne serait pas surprenant, pour ces mêmes raisons, que les portes et les fenêtres aient été fabriquées aux ateliers Corbeil.
C’est au tout début de l’été 1902 que Gédéon Vigneault demanda le permis de bâtir, non pas une, mais trois maisons : ces deux maisons-ci et celle qui était, autrefois, située à l’arrière. Il est intéressant de savoir qu’en plus de ces trois maisons, il en faisait construire une autre, au même moment, sur la rue Orléans tout près de la rue Ste Catherine. L’année suivante, il s’attaqua à la construction de la maison de l’autre côté de la ruelle; on peut dire de lui qu’il n’avait pas froid aux yeux.
Bien sûr ces demeures ont passablement changé mais il reste certains détails d’origine qui font en sorte qu’elles ne sont pas dépourvues d’intérêt. Je vais débuter ma description par la maison de gauche.
Mentionnons, pour commencer, que cette maison n’est pas alignée directement sur le trottoir comme celle de droite. Ce retrait permet d’insérer plus facilement les balcons et surtout d’aménager l’espace nécessaire à l’escalier qui était en bois, à l’origine. La brique d’argile à texture sablonneuse avec arêtes arrondies était tout à fait commune pour l’époque. Par contre, il est surprenant de voir de larges linteaux (a) de bois au sommet des fenêtres puisque la mode privilégiait déjà l’utilisation de l’arc légèrement surbaissé. J’attire votre attention sur un fait étonnant : les deux appartements du troisième étage sont desservis par des escaliers intérieurs distincts. À Montréal, d’habitude, on accède à ces logements par le même escalier.
La porte, située à l’extrême droite de la maison, ferme l’ancien passage piétonnier qui conduisait aux logements de la maison arrière, démolie tout récemment, au début du XXIe siècle.
Pour conclure cette description, admirez le magnifique entablement (b) dont la corniche de bois est soutenue par de puissants modillons (c). La frise (d) à motif de feston (e) est tout à fait ravissante. Jadis un parapet arqué plein cintre couronnait cette maison. Nous remarquons encore une fois que le marchand de bois a privilégié ce matériau plutôt que la tôle embossée, pourtant plus économique, même à l’époque.
Quant à la maison de droite, c’est sûrement celle dont l’apparence a été le plus affectée par les transformations. Il n’est pas difficile de s’apercevoir que le rez-de-chaussée était occupé, autrefois, par un commerce. L’ajout des sept rangs de brique au niveau du haut du rez-de-chaussée ne fut sûrement pas fait par un maître maçon car le résultat est désastreux. Jadis, une large corniche de bois séparait le commerce du rez-de-chaussée des étages. La porte du commerce était située presque en plein centre laissant de part et d’autre de larges vitrines. La porte, située à l’extrême droite, conduit toujours aux logements des étages. Le commerce du rez-de-chaussée fut transformé très rapidement en logement faute de clientèle, celle-ci préférant aller sur les rues perpendiculaires, plus commerciales.

Publicité du journal «LE MONDE ILLUSTRÉ » datant de mai 1903, nous montrant le commerce de meubles de F. X. Z. Germain, qui allait être inauguré bientôt à Maisonneuve
Archive : A.H.H.M.
Il est intéressant de constater que l’entablement de cette maison, même s’il ressemble à celui de gauche, n’est cependant pas identique. Nous y retrouvons, sur la frise, un motif de feston mais qui n’est pas sculpté de la même manière. La raison la plus probable serait que Gédéon Vigneault n’avait pas assez de ce même motif dans son commerce de bois et aurait utilisé des restants semblables. À l’origine, un magnifique clocheton (f) de bois surmontait la maison et donnait une allure altière à l’ensemble. Sa toiture pyramidale était recouverte de tuiles d’ardoise. Il est très dommage que ce magnifique clocheton, ainsi que plusieurs autres, aient disparu du sommet des maisons. Il n’y a pas encore si longtemps, dans les années soixante, la majorité de ces pièces d’architecture s’offrait encore à nos yeux et parait avec élégance les maisons et édifices du quartier. J’ai eu l’occasion de faire un recensement partiel des dômes, clochetons et des toitures pyramidales qui surplombaient autrefois les maisons du quartier et je suis arrivé au nombre de quatre-vingt-quatre. Actuellement, je n’en dénombre que seize qui, en tout ou en partie, résistent tant bien que mal au mauvais entretien. C’est dire que plus des quatre cinquième ont tout simplement disparu.
a- Linteau : pièce horizontale fermant la partie supérieure d’une porte, d’une fenêtre et soutenant la maçonnerie.
b- Entablement : ensemble horizontal supporté directement sur des colonnes comprenant les parties suivantes architrave, frise et corniche.
c- Modillon : ornement en forme de console renversée, placée sous la saillie d’une corniche; ornement saillant répété de proche en proche sous la corniche, comme s’il la soutenait.
d- Frise : partie verticale de l’entablement comprise entre l’architrave et la corniche.
e- Feston : ornement représentant une guirlande de fleurs et de feuilles liées en elles.
f- Clocheton : petit clocher, ornement en forme de petit clocher, décorant les cntreforts, le haut d’un édifice. |