Maison : Gérald Fortier 1928
Entrepreneur en Construction : Thomas Laforest
5046- 5056 rue Ste Catherine est
5058 -5068 rue Ste Catherine est
5070- 5078 rue Ste Catherine est
La Chaîne des titres :
07 juin 1910
Notaire : Romulus Lavallée
Vendeurs : Dame Marie Émilie Deguise, veuve de feu Charles Théodore Viau
Jean Baptiste Deguise, à titre d’exécuteur Testamentaire
Acquéreurs : Louis Arsène Lavallée, avocat, LAVALLÉE & DELFAUSSE 176 Parc Lafontaine
Joseph A. Girard, député et protonotaire, résidant au 923 ave Royal
J. Marcellin Wilson, Président BOIVIN & WILSON Distillerie 520 rue St Paul ouest, résidant au 678 Rue St Urbain
Joseph Henri Olivier, notaire, résidant au 234 rue Clarke
Joseph Panneton, marchand, résidant au 833 Boul. St Laurent
L.J. Odilon Beauchemin, Libraire, résidant au 251 Sherbrooke est
Michael D. Carroll
Arthur Bastien, entrepreneur en construction, résidant au 1236 Delorimier
Achat de nombreux lots de terre
Prix de la vente : 205 000,00 $
21 juillet 1910
Notaire : G. Duhamel
Vendeurs : Louis Arsène Lavallée
Joseph A. Girard
J. Marcellin Wilson
Joseph Henri Olivier
Joseph Panneton
L.J. Odilon Beauchemin
Michael D. Carroll
Arthur Bastien
Acquéreur: Viau Home Land Co. Limited
Achat de nombreux lots de terre en culture
Prix de la vente : 265 000,00 $
31 mars 1919
Notaire : Joseph Henri Olivier
Vendeur : Viau Home Land Co. Limited
Acquéreur : Ovila Bonin, cordonnier, résidant au 522 rue Joliette
Achat de plusieurs lots de terre avec quelques bâtiments de ferme
Prix de la vente : 16 592,55 $
03 avril 1919
Notaire : Édouard Biron
Vendeur : Ovila Bonin, cordonnier, résidant au 522 rue Joliette
Acquéreur : Bonin & Frère Limitée
Achat de lots de terre avec quelques bâtiments de ferme
Prix de la vente : 12 330,12 $
11 septembre 1928
Notaire : Joseph R. Crépeau
Vendeur : Bonin & Frère Limitée
Acquéreur : Thomas Laforest, entrepreneur en construction, résidant au 1445 rue Desjardins
Achat de quatre lots de terre avec quelques bâtiments de ferme
Prix de la vente : 1 500,00 $
15 novembre 1928
Notaire : Joseph Arsène Paquin
Emprunteur : Thomas Laforest, domicilié au 1445 rue Desjardins
Prêteurs : Wilfrid Bonin , bourgeois de Chambly
La somme de : 3 000,00 $ à 12% remboursable dans trois mois
11 février 1929
Notaire : Joseph Hector R. Messier
Emprunteur : Thomas Laforest., domicilié au 1445 rue Desjardins
Prêteur: THE PRUDENTIAL INSURANCES COMPAGNY OF AMERICA
La somme de : 13 000,00 $
Donne en garantie une maison portant les # 5070-5078 rue Ste Catherine est
25 janvier 1935
Notaire : Joseph Hector R. Messier
Thomas Laforest, domicilié au 1445 rue Desjardins
Ovila Bonin, bourgeois de Chambly
Reprise de possession pour cause de non-paiement.
25 janvier 1935
Notaire : Joseph Hector R. Messier
Vendeur : Ovila Bonin, bourgeois du village de Chambly
Acquéreur : THE PRUDENTIAL INSURANCES COMPAGNY OF AMERICA
07 avril 1937
Notaire: William Manly Bourke
Vendeur: THE PRUDENTIAL INSURANCES COMPAGNY OF AMERICA
Acquéreur : Gérald Fortier, propriétaire du garage FORTIER AUTO FORD
Achat d’une maison de cinq logements
Prix de la vente : 16 000,00 $
Cette partie du quartier située à l’est de la rue Viau, ne faisait pas partie de la ville de Maisonneuve proprement dite mais du village de Longue Pointe. Ce splendide domaine du nom de Beaurivage appartenait à la famille Molson depuis des décennies. Après le décès de Thomas Molson, son fils John Thomas jr, vendit le domaine au manufacturier Charles Théodore Viau qui en fit sa résidence d’été. Ils se connaissaient bien puisqu’ils habitaient et travaillaient l’un à côté de l’autre sur la rue Notre Dame.
(Brasserie Molson et Biscuiterie Viau). C’est le sept juin mille neuf cent dix que la veuve de Charles T. Viau, Marie Émilie Deguise, se départit à contrecœur de cette propriété ainsi que de tous les terrains encore non vendus.

Domaine Beaurivage
Photographie : Laprès & Lavergne 1899
Archive : BNAQ
À cet endroit, précisément, s’élevait jadis l’écurie du domaine Beaurivage. C’était une magnifique écurie coiffée d’un toit à quatre pans surmonté d’une haute lanterne (a) centrale et de deux clochetons (b) latéraux. Il était nécessaire, voire même primordial, à l’époque, pour les gens de la bourgeoisie d’avoir ce genre de bâtiment puisque pendant la belle saison, plusieurs de leurs invités venaient de loin pour passer quelque jours et parfois même des semaines à la campagne. Il fallait alors que les domestiques s’occupent, bien sûr des invités, mais aussi de leurs montures et de leurs attelages.
Thomas Laforest ne fut pas particulièrement très actif dans l’immobilier, cependant il construisit près d’une dizaine de maisons dans le quartier. C’est probablement lui qui construisit les six maisons de l’autre côté de la rue.
Narcisse Fortier ouvrit son premier garage derrière sa maison, située à l’angle nord / est des rues Adam et Leclaire. Deux années plus tard, le garage Fortier prit de l’expansion et déménagea sur la rue Notre Dame, à l’angle de la rue Ville Marie. Cet édifice de trois étages offrait tous les services tels que : poste d’essence, mécanique d’entretien et bien sûr vente de voitures FORD. C’est son fils Gérald Fortier qui prit, par la suite, les rennes de l’entreprise familiale. Comme tous les autres commerces de la rue Notre Dame, le garage Fortier fut exproprié au début des années soixante-dix et déménagea dans de nouveaux locaux situés le long du boulevard Louis Hyppolite Lafontaine où d’ailleurs l ‘établissement existe toujours.
Bien sûr l’entrepreneur construisit trois maisons contiguës toutes semblables mais je vais uniquement m’attarder à celle que Gérald Fortier acquit en 1937. Actuellement, quand nous regardons les trois maisons, l’une se détache tout particulièrement du lot. Sa récente restauration est tout à fait surprenante et nous la fait apparaître telle qu’elle était lors de sa construction.
Cette belle restauration est l’œuvre de deux partenaires : Yvon Laroque et Claude Shooner qui nous ont déjà montré, dans le passé, leur savoir-faire dans d’autres belles réalisations dans le quartier. Vous admettrez avec moi qu’il n’y a pas beaucoup d’occasions où l’on peut être témoin d’une telle réussite. La maison fut rénovée de la cave à la toiture, à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur.

La maison en hiver 2009 juste avant la restauration des balcons
Nous retrouvons ce modèle de maison dans tous les quartiers de Montréal avec plus ou moins de variantes. Dans Maisonneuve c’est surtout sur les rues Lafontaine, Bennett et Aird qu’il est plus fréquent de le rencontrer. Il faut dire que ces rues furent développées entre les deux guerres et que ce modèle était fort apprécié de la petite bourgeoisie.
Toutes ces maisons, à très peu d’exception près, étaient surélevées du niveau de la rue de quatre à cinq marches et avaient un large perron ou plus rarement une longue galerie.
Le parement en brique polychrome et les insertions de pierre artificielle étaient très utilisés et fort élégants. Nous pouvons constater que sur ces trois maisons, seules les allèges, linteaux et pierres d’angles sont fabriqués de pierre artificielle.
Toutes les fenêtres d’origine ont été changées mais fort heureusement les nouvelles reprennent le même vocabulaire soit : l’imposte (c) du haut garni d’un vitrail et deux battants ouvrant sur l’extérieur. À l’origine, les fenêtres intérieures étaient à guillotine. Il faut savoir que les vitraux d’origine n’ont pas été conservés parce que leurs dimensions ne pouvaient être ajustées aux nouvelles fenêtres. Les propriétaires ont fait refaire de nouveaux vitraux identiques à ceux d’origine, et ont même poussé l’audace jusqu’à en faire fabriquer pour les fenêtres de l’arrière de la maison, ce qui est peu commun à Montréal. Les portes de l’étage ont, elles aussi, été remplacées en conservant leurs vitres biseautées d’origine. Pour plus d’authenticité certains éléments des chambranles (d) des portes ont été récupérés pour les intégrer aux nouveaux.
La pièce maîtresse de la façade demeure les balcons en bois. Admirez avec quelle élégance ces balcons enjolivent la façade. Les propriétaires les ont refaits entièrement avec le plus d’authenticité possible en s’inspirant d’une photographie ancienne. Les seules modifications qui furent apportées le furent pour se conformer aux exigences du code du bâtiment actuel.
Il faut tout particulièrement porter notre attention sur le détail de la ceinture des balcons qui sont garnis de petites consoles (e). Les pilastres (f) qui soutiennent ces balcons reprennent avec exactitude les mêmes proportions que ceux d’origine.
Pour terminer, j’attire votre attention sur un détail qui n’est pas négligeable : à l’époque l’escalier du rez-de-chaussée n’avait pas de rampe ni de main courante. Puisque la nouvelle réglementation ne le permettait plus, les propriétaires ont forgé des supports de métal, reprenant le motif que l’on retrouve dans les vitraux.
Il faut avouer que cette rénovation est une véritable réussite et que nombre de propriétaires devraient s’en servir comme exemple.
a- Clocheton : petit clocher, ornement en forme de petit clocher pyramidal décorant les contreforts, les haut des édifices.
b- Lanterne : dôme vitré éclairant par le haut, un édifice.
c- Imposte : pierre en saillie moulurée couronnant le piédroit d’une arcade et supportant la retombée de l’arc.
Partie supérieure d’une fenêtre ou d’une porte (fenêtre mobile ou fixe au-dessus de la porte).
d- Chambranle : encadrement d’une porte, d’une fenêtre, d’un foyer
e- Console : organe en saillie sur un mur destiné à porter une charge (réelle ou figurée)
f- Pilastre : pilier aux pans carrés rappelant la colonne. (très utilisé à Montréal) |